Carnet de voyage

Sans prétention aucune, il s'agit d'un ensemble de premières impressions et d'images accumulées en temps réel, grâce à un iphone reçu en cadeau à Noël. Il devait permettre à la famille de nous suivre pas à pas sur une période d'environ deux mois. Le Brésil étant un pays compliqué, où tout peut arriver, chacun pensait qu'il valait mieux partir équipé: c'est-à-dire en possession d'un ensemble d'applications nous permettant de gérer la logistique sans dépendre de guides touristiques périmés.

Partis de San Francisco, le 15 Février 2019, nous sommes arrivés à São Paulo, pour aller vers le sud du Brésil en passant par les chutes d'Igassu, Curitiba et Florianópolis. Puis ce fut Rio de Janeiro et la Costa Verde, durant le carnaval, avant de nous diriger vers le Minas Gerais, Belo Horizonte et Brasilia. De là nous avons pris l'avion pour Manaus, afin de descendre l'Amazone en bateau, jusqu'à Belém, ville du nord ouest atlantique.

 Carte du Brésil

De Belém, nous sommes redescendus jusqu'à Rio en passant par São Luis, Olinda-Recife, Salvador et Porto Seguro, avant de reprendre l'avion pour Casablanca et Paris, le 17 Avril 2019.

17 Février 2019

Olà! Ça y est, nous sommes à São Paulo, prêts à faire une sieste avant d’attaquer l’avenue Paulista pour avoir une petite impression de la ville. Départ demain pour Foz de Igassu, en executivo. On a déjà les billets de bus. Bises à tous!



18 Février 2019

Comme vous pouvez le voir, nous sommes dans le bus au départ de São Paulo, vers Foz de Igassu. Encore 18h45 de trajet et on y sera, s’il n’y pas de retard à cause des orages.

Nous avons beaucoup aimé São Paulo. À partir de l’hôtel où nous étions, en bas de l’avenue Paulista, nous avons écumé tout le quartier, à pied, bien entendu. Comme c’était Dimanche, la Paulista était fermée aux voitures et nous avons été aspirés dans le mélange des passants, attirés comme nous par les nombreuses activités (musiciens, danseurs, jongleurs).

Lundi matin, levés de bonne heure, nous avons pris le métro pour aller faire un grand tour du centre ville, entre Republica et Sè. Très beaux restes de l’époque coloniale, mais aussi beaucoup de misère, liés sans doute par un destin étrange, où se retrouvent le messianisme catholique et l’esclavage, sans oublier la destruction des peuples indigènes, qui se poursuit par celle de la nature. Les petits parcs au centre de São Paulo donnent une bonne idée de l’abondance végétale des débuts, mais nous sommes maintenant loin de cet « arché » mythique et des visions jésuites du Nouveau Monde, comme cette fameuse République Guaranì vers laquelle nous nous dirigeons.



20 Février 2019

Après le mode « avion », il a bien fallu passer en mode « troupeau » pour aller visiter les chutes d’Igassu. Elles sont magnifiques et méritent le déplacement (même en bus). À l’entrée, un monde incroyable: surtout des brésiliens, des argentins et quelques allemands incontournables (immer fertig).







Le temps était parfait: ciel bleu, pas trop chaud, orage la veille pour nettoyer le ciel. Notre havre local (voir les 2 photos suivantes) se trouve à un quart d’heure de marche de l’entrée du parc, en pleine forêt, dans une atmosphère de retraite tropicale. Nous y restons 2 nuits: sans moustiques, fenêtres ouvertes, pas de clim, sommeil lourd et long. Il fallait bien se reposer un peu.





Nous avons aussi eu le temps de faire un tour au parc des oiseaux, où les perroquets s’en donnent à cœur joie. Leurs cris, enregistrés pour la postérité, se retrouvent d’ailleurs sur la bande son du bus climatisé qui fait les 6km de l’entrée du parc jusqu’aux chutes. Avec cette authenticité artificielle on s’y sent toucan.




Ceci-dit, je continue mon récit en avouant que notre première journée à Igassu a été difficile. Je ne vais rien dire sur la qualité du voyage aller en bus (13 arrêts de nuit dans des villages paumés du Parana), mais je crois qu’il est bon de s’attarder un peu sur les alentours d’Igassu pour comprendre ce qui se passe chez les Guaranìs— où il n’y a pas que des chutes. En fait, c’est plutôt plat et ça fait penser à la Sarthe!

La dernière grande ville avant l’arrivée à Igassu s’appelle Cascavel et c’est la capitale du maïs. Pour les touristes quantiques, qui se déplacent sur des orbites magiques, de carte postale en carte postale, sans jamais traverser l’espace qui sépare ces lieux, Cascavel n’existe pas. Et pourtant il s’agit d’un site typique sur le plan du développement mondial. Les champs de maïs s’y étendent à perte de vue, remplaçant les belles forêts  brésiliennes d’autrefois, dont il ne reste plus aucune trace. Changements qui se justifient par une démographie galopante, soutenue grâce à la productivité de l’agriculture intensive (OGM, etc.) Encore un million de bourgeois friands d’entrecôtes et il faudra détourner l’eau des chutes pour irriguer de nouvelles terres déboisées au profit du maïs! La plus grosse coopérative du coin s’appelle COOPAVEL. Dans les paramètres de cette sémantique paranéenne, toute en -AVEL, je voudrais suggérer à nos amis Bayer-Monsanto d’adopter le branding MACHI-AVEL pour leur filiale locale. Les Guaranìs, qui doivent encore avoir quelques séquelles de leur éducation jésuite d’autrefois, apprécierons sans doute.

La ville de Foz de Igassu est inintéressante, sauf pour quelques grandes avenues bordées de magnifiques acacias aux fleurs rouges. Ceux à qui l’acacia est connu comprendrons pourquoi les chutes d’Igassu étaient un endroit sacré pour les Guaranìs.

Demain 10h de bus pour rejoindre Curitiba.

22 Février 2019

Le voyage en bus de Foz de Igassu à Curitiba s’est bien passé. Un peu long, mais nous commençons à nous adapter aux transports brésiliens, que ce soit les bus de ville ou les executivo pour les grandes distances. L’avion viendra sans doute un jour, mais Christine résiste et insiste pour tout faire dans le moindre détail, surtout les visites des villes.

Beaucoup de photos aujourd’hui, car rien ne parle mieux  qu’un ensemble d’images symboliques lorsqu’il s’agit  de transmettre des états d’âme au contact d’une ville qui se découvre.





Au début de nos pérégrinations dans le centre de Curitiba, j’ai rencontré deux colosses qui supportaient l’entrée d’une maison coloniale. Je leur ai demandé s’ils pouvaient m’aider à supporter Christine, mais ils ont refusé. Nous avons donc continué sur des kilomètres et des kilomètres (15 au juste) à travers les vielles rues et des endroits surprenants:






Ici, l’architecture coloniale est en voie de disparition, mais elle se marrie tout de même avec un art mural qui s’apparente au graffiti. Mélange insolite et saisissant par ses contrastes.

Les photos prises au Mercado Municipal de Curitiba sont tout aussi étonnantes, dans la mesure où ce marché ne se trouve pas dans le meilleur quartier de la ville, alors qu’il regorge de produits de luxe et abrite un nombre incroyable de restaurants au premier étage. Il me rappelle un peu celui de Papeete, à Tahiti.

Nous avons terminé la journée au musée Oscar Niemeyer, où en dehors des œuvres de l’architecte (maquettes et dessins), j’ai eu le plaisir de découvrir toute une exposition dédiée au photographe russe Serguei Maksimishin, auquel on doit le portrait ci-joint de Poutine, tout en ambiguïté.

Demain 4h de train sur le Serra Verde Express en direction de Morretes. Départ à 8h30 du matin.





25 Février 2019




La descente de Curitiba à Morretes sur le Serra Verde Express s’est très bien passée. Quatre heures pour faire 60km, ça peut paraître bizarre, mais il faut encore savoir qu’il s’agit d’une descente de 900m, en vertical, avec beaucoup d’arrêts où l’on croise des trains de marchandises qui montent et qui utilisent la même voie. C’est la jungle tout le long (voir photos) et la température augmente d’environ 10 degrés en fin de descente. Il faisait 40 degrés à l’ombre (mais pas d’ombre) à Morretes et Christine a failli se trouver mal suite à une de ces marches forcées touristiques dont nous sommes seuls à détenir le secret.



Morretes est une belle petite ville, au bord de l’eau (les photos sont là pour le prouver), mais nous l’avons quittée en bus, plutôt qu'en train, pour profiter de la clim et d’un temps de trajet plus court.

Le lendemain, départ de Curitiba vers Blumenau, à 7h30 du matin. Parcours de montagne magnifique à partir de Joinville. Les belles vallées se suivent, avec des flancs de montagne couverts d’une forêt tropicale dense, de plantations de bananiers, de palmiers, de canne à sucre, ainsi que de rizières— le tout à l’échelle humaine, en contraste avec ce qui se passe du côté d’Igassu.




Blumenau, où Christine voulait absolument aller et où nous avons dormi, est un des berceaux de la communauté allemande du Brésil. C’est la capitale des buveurs de bière, qui s’y retrouvent pour l’Oktoberfest, célébré dans un pseudo village bavarois construit au centre de la ville.





La pub pour la clientèle, dit tout ce qu’il y a à dire sur les affinités culturelles du lieu (ordnung, leute, ordnung!). De là nous sommes partis pour Florianopolis, en passant par toutes les petites villes qui se trouvent sur le chemin. La région est très industrielle et assez pauvre. Ce qui me ramène vers des réflexions d’ordre social par rapport au plan d’urbanisation local, difficile à ignorer.



Comme d’habitude, il y a les pauvres d’un côté (dans la forêt d’immeubles, avec la statue de la liberté omniprésente) et le premier million de bourgeois friands d’entrecôtes dans des villas, à l’écart de ces quartiers. Il est évident que tout le monde ne peut pas vivre dans le même confort, mais ici, en tous cas, les contrastes urbains n’ont pas l’air de donner lieu à des tensions sociales, comme en Europe ou aux États-Unis. Tout le monde prend les mêmes bus et le chauffeur vous dépose là où vous voulez, sans faire d’histoire. Dans les transports les gens sont polis, pas bruyants, et les stations de bus sont propres. Beaucoup de petits emplois (balayeurs, vendeurs de billets, contrôleurs, etc.), qui n’existent plus chez nous et qui donnent pourtant un côté humain aux transactions urbaines.


À Florianopolis, nous nous sommes installés, sans le savoir, dans un « hotel » composé de box (voir photo), où le tout ressemble à une ruche. La clientèle à l’air très gaie et j’espère qu’elle n’exprimera pas trop ses appétits lubriques à l’heure du sommeil du juste. Deux nuits ici, ça va être intéressant.

Le centre de Florianopolis est composé de petites rues aux façades coloniales. Le marché municipal ressemble à celui de Curitiba, mais se spécialise dans le poisson, avec des étalages impressionnants.




Demain, l’ile de Santa Catarina, sur laquelle la ville de Florianopolis se trouve.

28 Février 2019




Avant de quitter Florianopolis pour Rio, nous avons eu le temps de faire le tour de l’ile de Santa Catarina, sur laquelle la ville se situe. Petit arrêt à la plage de Barra da Lagoa, avec promenade assez longue sur un beau chemin qui mène aux piscines naturelles, établies dans un décor qui ressemble aux calanques de Cassis, en plus tropical bien sûr:








À la plage des Anglais, plus au nord de l’ile, il n’y a que des Argentins en vacance et l’endroit, bondé, ressemble aux plages de Palavas au mois d’Aout.

Les nuits de Florianopolis, dans notre ruche de petits casiers sexuellement intégrés, n’ont pas été aussi chaudes que ce à quoi je m’attendais. Silence complet à partir de 8h du soir, mais je suppose que c’est quand même le genre de maison où il vaut mieux plier les genoux lentement et ne pas trop se pencher pour ramasser la savonnette aux douches— surtout si on ne maitrise pas bien le portugais.


Après un voyage de 18h, en partie de nuit et sous une pluie battante, nous voici à Rio, chez Emmanuelle et Christian, sous l’oeil du Ché, qui va veiller sur notre sommeil à partir d’aujourd’hui.
Emmanuelle et Christian, qui nous accueillent gentiment pour une étape assez longue (petite excursion de quelques jours à Paraty, introduction au carnaval, avec défilé des écoles de Samba primées cette année, etc.) ont une société (http://bonfilm.com.br/) qui se spécialise dans la distribution de films français au Brésil, et surtout de films d’opéras de grande qualité.

Leur fille Jeanne (17 ans), que nous avons eu le plaisir d’accueillir en Californie, il y a un peu plus d’un mois, fait du cinéma et a déjà un role principal à son actif (dans un film de Flavia Castro). Le film sort au mois de Mai au Brésil sous le titre de Deslembro. Jeanne y joue la fille d’un dissident politique disparu, qui a probablement  été éliminé.
Je crains que pour ne pas disparaitre, dans ces circonstances, il vaut mieux être sous l’oeil du Grand Architecte que celui du Ché:



Voilà pour le contexte. Les visites de Rio nous attendent, mais il faut bien reprendre quelques forces avant d’attaquer, d’autant plus que le petit paradis tropical d’Emmanuelle et Christian se prête bien à l’inactivité active, dont je suis un adepte convaincu.




2 Mars 2019

Le 1er Mars, visite du centre de Rio, pendant le premier jour du Carnaval. Les vues ci-dessous sont prises des bureaux d’Emmanuelle et Christian, qui donnent sur une grande terrasse circulaire, au dernier étage d’un immeuble classique de l’avenida Rio Branco, en plein centre de la ville.




En début de journée nous nous sommes promenés en large et en travers au coeur de la ville, histoire de nous imprégner de l’ambiance fébrile qui y règne.

Rio est un ensemble de quartiers, tous différents et tous plus ou moins riches (plutôt moins...), qui se côtoient au milieu de 800 favelas (dixit Christian) pratiquement inaccessibles au touriste et souvent dangereuses pour les gens qui y habitent (agressions, viols, guerres de gangs, etc.).

Dés  que la circulation commence à bloquer un peu sur les routes qui les traversent, les conducteurs se crispent au volant dans l’attente d’une mauvaise surprise. On reste sur le qui-vive.





Du centre de la ville nous sommes montés à pied dans le quartier de Santa Teresa, où les carmelitas étaient sensées démarrer vers 13h. Quartier chaud, sans aucun doute, mais visitable à condition de ne pas s’éloigner de la foule qui s’y rend en masse pour les manifestations carnavalesques.

Je ne sais pas comment ils font pour monter (et surtout redescendre) les escaliers et ruelles pavées, en pente à peine abordable, dans l’état d’ébriété où ils se trouvent. Question de temperament et de capacité éthylique, probablement.




Le défilé était très prenant, mais aussi d’une densité surprenante. On avait de la peine à bouger dans la rue, ce qui fait que le cortège faisait du surplace.

J’étais trempé de transpiration, bien que toujours à la recherche d’une ombre inexistante. Christine résistait mieux que moi. Après une montée difficile dans la chaleur, elle a trouvé un second souffle. L’excitation du carnaval donne une énergie nouvelle et Christine arrive à l’absorber plus rapidement que moi.





Beaucoup de musique: percussion, chants, instruments à vent. La foule, assez jeune et dynamique afflue en permanence. Ils montent sur la colline pour y passer la nuit.




Le soir, retour au bercail, suivi d’un orage incroyable sur tout Rio à l’heure du dîner. Éclairs et tonnerre en continu: un véritable feu d’artifice!

Départ le lendemain à 6h du matin pour Paraty, qui se situe  à 240 km au sud de Rio, par la Costa Verde.

5 Mars 2019

Établis à Paraty depuis quelques jours, nous jouons à la course poursuite avec le mauvais temps. Pour le moment la chance nous sourit.

Paraty... Paradis... mots phonétiquement très proches et dont la proximité s’étend facilement à la réalité vécue lorsqu’on est sur place.


Ville coloniale, ville tropicale, et en cette semaine, ville de carnaval. Le soir les rues sont envahies par une foule compacte qui se rend au « bloco », alors que les terrasses des restaurants et cafés sont noires de monde.



Avec Emmanuelle, Christian et Roman (leur fils), nous sommes installés dans la maison d’une de leurs amies. De là, pour se rendre au centre, il faut suivre la rivière, puis traverser un pont.

Comme on peut le constater, la ville est bien conservée. Une vocation culturelle s’y développe, en relation avec le monde de l’édition, et bientôt peut-être avec celui du cinéma, si E. & C. arrivent à négocier l’organization d’un festival.




Pendant la journée il n’y a personne en ville: tout le monde est à la plage. Les habitants du coin font la sieste (même les conducteurs de calèches) et la banda locale entame sa tournée des rues, passant par la maison de retraite et l’hôpital pour que les pensionnaires alités puissent profiter de l’ambiance du carnaval.




En général nous mangeons du poisson frais et avons même trouvé un établissement qui torréfie le café en utilisant les techniques les plus modernes. Leur café, dégusté sur place, est excellent.


Ci-dessous, la cour intérieure d’une pousada haut de gamme du centre ville, avec piscine, ainsi que des photos de quelques oeuvres d’art entrevues au centre culturel de Paraty.




Assis sur la plage, on peut passer des heures à contempler la mer argentée, parfois grise, sur un fond de ciel orageux aux tons sombres, et toujours cette végétation tropicale luxuriante, collée à flanc de montagne, le long d’une côte bien découpée, bordée d’îles de toutes tailles.

Aujourd’hui nous avons pris une barque à moteur pour visiter un fjord qui mène à la reserve écologique de Juatinga. Belle promenade, durant laquelle nous nous sommes baignés plusieurs fois dans des lieux idylliques.






Nous avons du abandonner, Christine et moi, l’excursion à pied de 5km, le long du fjord, car Christine était sérieusement incommodée par la chaleur et un chemin difficile, avec des montées et descentes abruptes sur un sol glissant.  Des gens sympas, installés dans une villa sur la côte, nous ont amenés en bateau jusqu’à la plage vers laquelle nous nous dirigions.

La nuit tombée le carnaval nous a accaparé et nous sommes rentrés peu avant minuit après une journée bien remplie.






À titre d’avertissement, n’oublions pas d’ajouter que les lunettes de soleil sont obligatoires sous les tropiques, car la réverbération est parfois très forte.


9 Mars 2019

Dernières notes de notre séjour à Paraty avant d’aborder le retour à Rio.

Comme certains d’entre vous l’ont fait remarquer, il devait y avoir un côté gastronomique à ce périple aux ambitions touristiques un peu suspectes. Eh bien oui... nous avons fait honneur à la cuisine locale, sans oublier l’alcool, distillé sur place, et utilisé surtout dans la composition des cocktails brésiliens à base de jus de fruits. Si vous n’avez pas deviné, il s’agît de la Cachaça, qui titre entre 42 et 45 degrés d’alcool et dont les versions millésimées entrent dans l’espace raréfié des pousse-cafés nobles, genre Bas-Armagnac.





Dégustation suivie d’un repas exceptionnel de crevettes, en bord de plage, les pieds dans le sable, au coucher du soleil.

Ambiance difficile à décrire autrement que par l’image, même si celle-ci reste bien en dessous de la réalité.




Tout ceci se passait bien entendu en fin de journée, car il faut mériter les récompenses culinaires par des efforts héroïques, aux dangers souvent insoupçonnés. Nous avions donc passé la journée à l’intérieur des terres, dans des cascades fréquentées par les gens du coin, qui y pratiquaient une manière de glisser un peu spéciale:



Inutile de dire que nous n’avons pas essayé d’imiter ces glissades de virtuose. Je me suis contenté d’un saut par dessus un des plus petits bras de la cascade, qui s’est terminé par une chute, heureusement pas trop grave. Christian a dérapé, lui aussi, et a eu beaucoup de chance de ne pas perdre une dent suite à sa chute.

À force de rouler sur des pistes impossibles, en très mauvais état, nous avons eu trois crevaisons, qui ont fini par achever le pneu avant droit. La dernière a eu lieu en ville, alors que nous étions presque à la maison, à Rio.

Rio, Rio... centre du monde et sa montagne magique. Et le voici, celui qui attire les grandes foules, foules qui vénèrent la transcendance du selfie-stick, dans toute son immanence. Nous sommes montés le voir, au milieu des japonais, des chinois, des mystiques brésiliens, qui se font photographier les bras étendus, à son image. Mais je le préfère quand même tel qu’on le voit de loin, d’une allée du jardin botanique:



La suite bientôt...

10 Mars 2019

Nous sommes à Rio, cherchant à voir le plus de choses possible, ce qui n’est pas facile parce que la ville est immense: des plages de la barra, en passant par Ipanema et Copacabana, jusqu’aux quartiers du centre, sans compter le fameux pain de sucre incontournable (si tu vas à Rio... de Dario Moreno https://www.youtube.com/watch?v=RVhx1HYoEJk&feature=youtu.be ). Il y a de quoi faire!

Après la visite obligatoire des hauteurs, d’où viennent les vues les plus connues de Rio, nous nous sommes repliés sur le jardin botanique: une véritable découverte.






Le retour à la maison, en bus, fût un peu plus sportif. À mi-chemin, le chauffeur sauta de son siège en nous ordonnant de nous coucher par terre dans le couloir. Devant nous, à l’extérieur, les gens s’enfuyaient dans tous les sens. C’était apparement un braquage exécuté par deux types en moto, et interrompu par un policier en civil. Dans ces cas là il faut se méfier des balles perdues.


Comme vous pouvez le voir, on n'entre pas dans un bus de ville brésilien sans payer. D’ailleurs personne n’essaye. Le portillon tournant est là pour décourager les tricheurs. C’est l’aide à la vertu en version mécanique.

Dîner le soir, sur la terrasse, puis petite ballade au marché du quartier le lendemain pour se renflouer en poisson à la veille du grand défilé du carnaval.



Le défilé des écoles de samba commence vers 9h30 du soir et se termine aux alentours de 5h30 du matin. Nous sommes partis après avoir vu 4 écoles, mais il en restait encore 2 (les meilleures).


Le défilé lui-même a lieu dans le Sambodromo, dont vous pouvez voir la taille. Les écoles défilent une par une, pendant près d’une heure chacune et c’est vraiment féérique. La magie du moment vient de la spontanéité des foules, de leur connaissance de tous les usages du carnaval, de tous les chants. Pas de parade à la Disney ici. Tout est authentique et sans cet esprit commercial qui gâche les cérémonies occidentales.

Ceux qui ont participé savent, pour les autres quelques images et aussi quelques refrains:





Je ne peux évidemment pas tout montrer, mais j’espère que ces quelques clips vous donnerons une idée de la soirée. Pour une revue complète du défilé des écoles de samba, voici le lien: Carnaval 2019

14 Mars 2019

Cette fois nous avançons sur le chemin des écoliers, dans le Minas Gerais, à la découverte des villes coloniales de Tiradentes et Ouro Preto.

C’est à regret que nous avons quitté Rio, après avoir profité de l’hospitalité d’Emmanuelle et Christian. Beaucoup d’activités au cours de nos deux dernières journées à Rio, dont je vous laisse quelques images:

  • Ici à Parque Lage, où C & E organisent leur festival de films d’opéra. La grande tente transparente, qui sert de salle de spectacle, est installée au milieu des arbres, sur le terrain plat à l’arrière du premier bâtiment, où ont lieu les réceptions


  • Voici l’hippodrome où nos chevaux ont terminé loin derrière   

  • Puis un cliché branché de la « girl from Ipanema », version franco-californienne. Photo prise près du fameux poste 9 de la plage d’Ipanema, fréquenté par les plus belles filles de Rio


  • Et pour terminer quelques vues à partir du pain de sucre:





Ceci dit, le temps passe, même si nous essayons de faire le plus de choses possible dans la limite de nos moyens. Gâtés au niveau des transports ces deux dernières semaines, nous redescendons rapidement dans l’univers marasmatique des bus locaux, aux plages horaires aléatoires. Une multitude de compagnies privées se partagent les destinations et ça marche comme ça marche. Le direct pour Ouro Preto? Pas de problème: départ à 3h15 du matin! Par Belo Horizonte, c’est mieux: un bus toutes les deux heures, mais on est obligé de repartir en arrière sur une centaine de kilomètres pour arriver au même point.

Sur le chemin de Tiradentes, à la sortie de Rio, c’est tout de suite la haute montagne. Une route qui monte de presque 1000m avant de s’assagir et suivre les méandres d’un fleuve à l’eau boueuse, couleur marron rouge.

Ici les gros orages sont fréquents. Nous ne leurs avons pas échappé, ni à notre arrivée, ni au cours de nos promenades.


Le Minas Gerais est la réalisation brésilienne du Nibelheim mythique, tel que Wagner l’aurait rêvé. Chez Wagner, Alberich, le détenteur de l’anneau magique qui confère un pouvoir absolu à celui qui le possède, utilise ce pouvoir pour transformer les Nibelung en esclaves. Il les met au travail et les force  à extraire les richesses minérales de la terre (surtout l’or) pour augmenter sa fortune personnelle. Notre Alberich n’aurait eu aucun mal à s’entendre avec les prospecteurs portugais du 17e siècle, grands spécialistes des mêmes méthodes.

Dans les villes où l’architecture coloniale est particulièrement bien conservée, comme à Tiradentes, on finit par se poser des questions. À quelques kilomètres de là, c’est Sao Jao del Rei, ville qui ne ressemble à rien, mais qui participe pourtant à la même histoire et au même héritage de richesses outrancières issues de la ruée vers l’or. L’une est devenue moderne et insipide, l’autre a gardé son caractère. Pourquoi? C’est le mystère des contrastes brésiliens, si difficiles à comprendre et encore plus à expliquer. Avec toujours ce mélange de symbolisme maçonnique, corporatif et religieux (2e photo, ci-dessous).

Voilà Tiradentes:








Sur la photo ci-dessus, je suis invisible derrière la choppe de bière. Ci-dessous, en chair et en os au café, le matin.


16 Mars 2019

Nous voilà à Ouro Preto, capitale de l’état du Minas Gerais à l’époque de la ruée vers l’or. La ville est reconnue pour son centre historique bien conservé, mais pour découvrir sa vocation culturelle il faut marcher et visiter ses nombreuses églises (23 en tout), surtout celle de la Matriz NS do Pilar (434kg d’or et d’argent fournis pour orner la 2e église la plus opulente du Brésil). Nous nous y sommes rendus le lendemain de notre arrivée.


Gardez un oeil sur l’astre au dessus de l’autel! Il n’illumine pas souvent les touristes étrangers qui se pressent au portillon. Comme l’a lâché une française à sa compagne du moment (le vent s’engouffrant entre ses deux oreilles): « Ah!... c’est original, quand même...»

Facile de manquer la référence obligatoire à la Lumière, vers laquelle les lignes de force de l’équilibre social se tendent: l’autorité spirituelle d’une part (symbolisée par le représentant de la caste sacerdotale, tenant la croix), et le pouvoir temporel d’autre part (symbolisé par le représentant de la caste royale, tenant un sceptre de la main gauche et le triangle initiatique au dessus de sa tête dans la main droite). Le tout au dessus de l’autel où le rituel journalier se célèbre.


Cette vision idéaliste de l’humanité se réduit hélas en pratique à des récompenses matérielles obscènes pour le détenteur de l’or, qui soutient le pouvoir temporel (et qui en laissera quelques kilos à l’église, pour se donner bonne conscience) et en punition brutale pour l’esclave récalcitrant chargé de l’extraction du précieux métal. L’un s’arrête à la bascule ultrasensible, qui mesure la valeur du métal noble, l’autre passe par les fers les plus rugueux qui entravent ses élans révolutionnaires.



Le touriste s’intéresse à l’hotel plus qu’à l’autel et cherche toujours celui qui possède la plus belle vue. Voilà donc celle de la fenêtre de notre modeste pousada:


La rue pavée en pente, qui mène à la pousada (casa dos contos), est bien plus impressionnante que sur la photo ci-dessous. C’est l’équivalent d’une double noire verglacée, par temps de pluie.


L’opéra d’Ouro Preto, inauguré en 1711, est le plus ancien d’Amérique encore en activité. Belle petite salle, avec une bonne acoustique. Tout à fait convenable pour Cosi fan tutte, un peu juste pour la parade guerrière d’Aida.


Et enfin pour conclure, quelques vues de la ville. Un seul bémol: les voitures! Elles sont partout, montent et descendent à tout allure et ne font attention à personne.





17 Mars 2019

D’Ouro Preto, nous sommes partis au parc d’Inhotim, qui se trouve à 1h30 de bus de Belo Horizonte, ville où avons été obligés de nous arrêter pour y dormir, car il n’y a qu’un seul bus par jour qui fait l’aller-retour Belo Horizonte-Inhotim. Il part à 8h15 le matin et et revient à 7h du soir.

Le parc est une merveille et vaut presque le voyage au Brésil par lui-même. Installé sur une surface de 140 hectares, il n’existe que depuis un peu plus de 10 ans. C’est d’ailleurs pas loin d’ici qu’un barrage a cédé récemment, emportant les touristes installés à l’hotel, pas loin de l’entrée du parc.





Le parc accueille aussi un ensemble de galleries d’art, reparties le long des chemins accessibles à pied ou en voiturette électrique. La qualité de l’art se discute, mais son message pré-apocalyptique résonne bien après quelques journées passées dans le Minas Gerais.

En voici quelques exemples:







La mine à ciel ouvert, visible à partir du parc, souligne la destruction de la nature au profit d’une industrie gourmande, qui répand ses métastases dans ce qui reste de la forêt tropicale.

Le tas de ferraille sur un fond de végétation encore vierge indique où vont les choses. Un regard cynique vers le passé et ses murs coloniaux carrelés, pleins d’entrailles, s’interprète facilement comme un  commentaire sur l’origine des richesses locales, bâties sur les entrailles des populations asservies.

Finalement l’araignée géante, symbole de ce futur apocalyptique qui nous attend, et que la ville de Bel Horizonte représente déjà. Air irrespirable et entassement de favelas. L’araignée tisse la toile dans laquelle nous nous débattons: le net... l’internet... l’individu en tant qu’objet connecté.

18 Mars 2019

Et puis Brasilia, où nous sommes à présent, en attendant l’avion pour Manaus et l’Amazonie. En descendant du bus, tôt le matin, nous sommes allés prendre un café dans un troquet de la gare et y avons rencontré (par hasard) Stéphane et Dorcas (ci-dessous), qui discutaient entre eux en français et revenaient de Sao Paolo après une absence de 7 mois. Ils nous ont gentiment proposé de nous montrer Brasilia et voici le résultat:




Dans le musée du centre culturel (ci-dessus), nous avons trouvé une exposition particulièrement intéressante de peintures réalistes (huile ou acrylique sur toile):



Et quelques exemples de nus assez impressionnants:



De quoi balancer son porc à la première occasion:


Puis être enfoui vivant dans les briques mal scellées de notre civilisation:


Et pour finir, le plus bel hotel de Brasilia: le Royal Tulip Palace, cambriolé deux jours aprés notre passage:


21 Mars 2019

Manaus est une ville très difficile à cerner. Nous y sommes depuis plusieurs jours et je dois dire que j’ai du mal à trouver le vocabulaire adéquat pour décrire ce que je vois. Tout d’abord, il n’y a pas de touristes étrangers, ni en ville, ni au port. Ce n’est pas qu’ils me manquent, mais c’est tout de même un indicateur. Le lieu est sauvage— très sauvage. En tenant compte de la fusillade de tout à l’heure (au moins un mort) à une vingtaine de mètres de l’église que nous visitions en bon touristes (et aussi pour nous protéger de l’orage), on pourrait même dire que c’est chaud. La justice, ici, se dispense en temps réel, et comme le disait si bien Stéphane, en nous faisant visiter le quartier des ministères, à Brasilia: « si la Suisse a un ministère de la marine, alors le Brésil peut bien se permettre un ministère de la justice. »

Ceci-dit, l’impression générale est loin d’être négative, c’est juste un monde où tout fonctionne (ou plutôt dis-fonctionne) sur un autre modèle.



D’en haut, on s’aperçoit vite que l’échelle est différente. La couleur de l’eau change radicalement d’un rio à l’autre. Rien n’est à portée de main.

À Manaus, il y a bien un « centre historique », mais ce n’est qu’un mélange de ruines taguées et de monuments d’une autre époque, comme l’opéra.





Sur la place de l’opéra, nous avons trouvé un petit restaurant sympathique. On peut y traîner en terrasse le soir et on y mange bien.


Le poisson est de la famille des barracudas et le liquide vert dans le cocktail de Christine est un abacaxi menthe, avec plus qu’un soupçon de vodka. Nous ne sommes pas malheureux, comme vous pouvez le constater.

Pour notre séjour ici, nous sommes installés à l’Orient de Manaus, dont voici l’entrée:


À condition de ne pas se stresser pour rien, l’ambiance est bonne.

Le premier jour, je suis allé au port pour réserver notre descente en bateau de Manaus à Belem (4 jours) et l’expérience me reste encore en tête. Impossible de trouver le guichet officiel du port. Rien que des vendeurs bidon, qui essayent de vous vendre n’importe quoi. Je suis finalement tombé par hasard au bon endroit. Derrière le guichet, une jeune et belle amazonienne, super habillée, qui me donne toutes les options, demande nos passeports, fait nos billets, et à la fin, quand je suis prêt à payer en carte bancaire, me déclare qu’ils n’acceptent que des paiements en espèces. Ici on peut payer un café à 5R$ avec une carte bancaire, mais pour un billet qui coute 1,000 R$, il faut se précipiter à la banque pour chercher du liquide. À la banque ça marche, mais on ne peut retirer que 500 R$ par jour! J’ai résolu le problème en trouvant un distributeur multi-banque dans une pharmacie. Il prend bien entendu une commission pour ses services.

Nous partons pour Belem le 23 Mars. Les jours filent. Voici quelques photos de Manaus:







Ce soir, concert à l’opéra, où nous sommes installés dans la loge des barons du caoutchouc (tout à fait par hasard), avec une vue directe sur la scène. La salle est pleine:



J’ai pu prendre quelques bribes du concert en vidéo:



24 Mars 2019

Première étape en bateau sur l’Amazone, suite à un départ tardif de Manaus (samedi au lieu de vendredi). Avant de partir nous avons eu le temps de faire une tournée d’une journée (plus de 100km en vedette rapide), consacrée à la jungle et à la découverte de quelques villages indiens, cachés dans les dédales liquides du fleuve. Pause obligatoire à l’endroit où le Rio Negro (de couleur noire), venu des montagnes de Colombie et du Venezuela, rencontre l’eau crémeuse, chargée de sédiments, descendant des Andes péruviennes. Les deux fleuves finissent par se mélanger en aval.



Ici la forêt vierge sort carrément de l’eau; le sol est rarement visible. Il faut emprunter des passerelles surélevées pour observer la nature environnante.






Nous étions en tour avec un groupe de touristes Brésiliens. Il a, bien sûr, fallu s’intégrer aux activités programmées et au déjeuner en particulier.



Selfies... selfies... La génération iPhone ne peut plus s’en passer. Toutes ces jeunes femmes amoureuses d’elles-même ne sont que les héritières spirituelles de l’admirable (et non admirée) Castafiore: archétype du phénomène selfique, conçu par un Hergé visionnaire. « Ah...Ah...Ah...Je ris de me voir si belle en ce miroir! ». La combinaison selfie-stick iPhone est supérieure au miroir; elle immortalise la beauté évanescente dans un cadre de choix: d’où son côté addictif.

Si je prends Christine en photo, assez souvent, ce n’est pas pour souligner l’endroit tendance, au handicap selfique élevé, mais pour capter la réaction spontanée que le lieu lui inspire. Je ne sais pas si je suis encore fidèle à cet objectif, en tous cas j’essaye.

Dans la foulée, visite d’un village indien, où je me suis demandé si Christine allait me quitter pour le chef de tribu.





Lors de notre dernière nuit à Manaus (du vendredi au samedi), nous nous sommes rendu compte que notre hotel (pourtant bien noté sur booking.com) arrondissait ses fins de semaine en se transformant en maison de passe. Le bar à putes n’était pas loin. Nous avons entendu sa musique, toute en décibels, jusqu’au lever du jour.

Manaus est un port franc, où tout est à vendre. La longue jetée, adossée au fleuve, reste l’endroit où se concentre la vie portuaire. C’est l’embarquement en permanence de commerçants voyageurs, lourdement munis de leurs biens de consommation divers, achetés en zone dédouanée. Une activité qui crée un chaos indescriptible, ce qui fait que nous avons eu du mal à trouver notre bateau (le Anna Karolina lll).



Au départ, tout était encore propre. Cela ressemblait à ça, vu du premier pont du bateau:


25 Mars 2019

Beaucoup de gens pensent qu’un voyage de 4 jours sur l’Amazone est une perte de temps. « C’est monotone, au bout d’un moment », disent les uns. « Il n’y a rien à voir », ajoutent les autres.

Mais la question n’est pas là. Il s’agît de redonner du temps au temps, de passer en mode contemplatif, de sortir de ces névroses collectives liées à la poursuite effrénée de plaisirs touristiques épuisants.

Bref, « Il faut laisser couler ». Et là, sur l’Amazone, ça va tout seul. C’est fait pour ça!




Partis à la recherche de la fluidité, nous sommes en train de descendre vers Belem (1600km) dans un cadre idyllique: à ciel ouvert, sous la chaleur moite des journées chaudes de Mars, rafraîchies en soirée par des orages intermittents. Si j’osais, j’ajouterais « les doigts de pied en éventail ». Mais je suis encore trop « coincé » à ce stade embryonnaire de notre périple. Nous allons surement perdre un temps précieux, qui nous obligera à prendre des raccourcis en revenant vers Rio. Hélas nous n’y pouvons rien. Nous repartons le 17 avril et il n’y a pas de solution optimale.






Sur l’Amazone, les escales sont brèves. À partir du 2e pont, où nous passons nos journées, nous pouvons observer ce qui se passe autour. Le peuple dort tout le temps, le timonier à la mine patibulaire navigue le labyrinthe indéchiffrable des tributaires, et aux escales tout le monde se précipite pour acheter la nourriture locale, acheminée à partir du quai à l’aide d’une grande perche équipée d’un receptacle en plastique. L’article commandé monte et l’argent redescend. C’est simple et efficace.

La nourriture à bord n’est pourtant pas chère (8 R$ pour un petit déjeuner copieux et 15 R$ pour un dîner pantagruélique). Comme diraient nos bourgeois friands d’entrecôtes: « Mais c’est de la nourriture paysanne ». Copieux, nourrissant, mais pas raffiné, ni varié (à titre d’information, 1 $ = 3,6 R$ au cours officiel).

Je voulais voyager en hamac, mais Christine à opposé son véto à cause de sa hanche encore sensible. Nous sommes donc en cabine: deux lits superposés dans un espace de 4 mètres carrés, sans fenêtre.


Les protecteurs de la République sont, eux aussi, au travail. Ils sont montés à bord à Obidos, histoire de fouiller les bagages et vérifier les papiers d’identité. Nous sommes passés à travers les mailles du filet: trop vieux, trop ordinaires, trop cons aussi pour avoir choisi ce mode de transport archaïque en tant qu’étrangers. Pas du tout dans la mouvance des disciples barbus du Ché, qui s’agitent ces jours-ci au Vénézuela voisin. Quelques réfugiés vénézuéliens sur le bateau quand même. Étranges étrangers...




26 Mars 2019

L’arrivée à Santarem, à mi-chemin entre Manaus et l’Atlantique, un peu avant minuit, ne nous a même pas réveillé. Au matin nous avons constaté qu’il n’y avait pas de place à quai pour notre navire insignifiant. Nous étions amarrés à un autre bateau, plus grand et plus chargé que nous.

Au large, un navire de croisière luxueux, battant pavillon français, débarquait ses passagers à l’aide d’une navette portuaire, forcée de s’accrocher à nous. Ensuite, défilé en cale, par deux bateaux, de gens du 3e âge, forcément nantis, guidés en file indienne à travers les rangées serrées de caisses de fruits, empilées au milieu de détritus mouillés. Leur guide, affublé d’un t-shirt officiel (qui signalait son rang: « adventure guide », en anglais), leur indiquait par où passer pour ne pas glisser ou se cogner, et ceci dans la langue de Molière la plus pure. Une file de bus climatisés les attendait, pour les amener à la fameuse plage d’Alter do Chao, connue pour son sable fin et sans doute pour ses réserves de Veuve Clicquot (j’en  rajoute...).

Pour partir, manœuvres dangereuses; des passagers encore à quai, mais plus de passerelle pour les embarquer. Les bateaux bougent, se rentrent dedans, ça cogne partout. Ils ont l’habitude. Les passagers montent et ça passe.






Problème résolu, avec les félicitations du jury:


J’ai déjà parlé de la nourriture, mais pas de la cuisine. En voici un exemple fidèle:



Ça ouvre l’appétit...

Dans notre cabine nous disposons d’une douche rudimentaire. Pour les gens du hamac, c’est différent:


Les vues de Santarem donnent une petite idée de l’ambiance portuaire qui y règne:



Et pour partir: « Le plein, s’il vous plaît » (pour notre bateau...):



Heureusement nous avons assez de bière pour le reste du voyage:


27 Mars 2019

À 20km de Santarem, en aval, le moteur du bateau s’est mis soudain à cafouiller. Tout le monde s’est précipité vers la cabine du timonier pour prendre connaissance des causes. Apparemment la pompe à fuel ne marchait plus. Nous étions au milieu du fleuve, au ralenti, avec une marge de manœuvre très faible. La nuit allait tomber dans moins d’une heure. Pas de panique, le pilote se dirigea doucement vers un bras du fleuve et rentra carrément dans la forêt avec le bateau. Voici le résultat:






Amarrés à un arbre, à l’heure du dîner, nous attendîmes le mécanicien, envoyé de Santarem par vedette rapide, avec les pièces nécessaires pour la réparation. Le tout, suite à un simple coup de téléphone portable.

Heureusement que la panne n’est pas arrivée dans la cambrousse, à 200km de là, en pleine nuit et dans une zone sans réseau. Nous sommes repartis quelques heures plus tard.

En approchant de la côte atlantique, on retrouve sans surprise les ouvrages d’art du monde moderne, toujours à la conquête de l’Amazone.  On y passe de ça:


A ça:


Ce n’est évidemment pas l’anal plug de la place Vendôme, mais sur le plan de la plasticité et de l’esthétique, l’ouvrage du génie civil s’intègre avec autant d’harmonie dans le paysage local.

« Fuyez poètes, car le progrès vous guette,
du haut des airs, sur ses pylônes de fer »

L’Age de fer— vite relire Hésiode (Les travaux et les jours): « Plût aux dieux que je ne vécusse pas au milieu de la cinquième génération... ».

C’est la nôtre: nous y sommes!

À présent, il pleut... tristes tropiques... les petits ports défilent... toutes les bâches sont baissées et les jeunes tournent autour du bar pour draguer ou pour se bourrer la gueule. Ils descendent un liquide rouge dont je ne connais pas la provenance. C’est marqué Martini sur la bouteille, mais ce n’est pas du vermouth. La musique est de nouveau à fond; les humeurs changent. Ils ne sont pourtant pas tous incultes. Il y en a un qui trouve même le moyen de lire, dans ce boucan.





Belem approche. Nous sommes passés de nuit dans la partie la plus folklorique, où le bateau longe un bras étroit, densément peuplé, jusqu’à Breves.

Quelques photos du dernier jour, pour compléter le récit:






Après toute cette nature, voici Belem, produit monstrueux de la cinquième génération. Hésiode... Hésiode... comment pouvait-il savoir?


30 Mars 2019

Après notre périple en bateau, de Manaus à Belem, nous sommes à nouveau sur les routes, cette fois dans le nord-est du Brésil.

Arrivée difficile à Belem, où le bateau nous à débarqué dans un quartier complètement sinistré, loin du centre de la ville. Aucun Uber ne serait venu nous chercher là et les chauffeurs des pseudo-taxis qui attendaient le bateau à quai, au fond d’un hangar insalubre, avaient tous des gueules de bandits à la recherche d’un bon coup. Il a donc fallu se laisser arnaquer pour sortir de là, roulant le plus vite possible, vitres tintées remontées, à travers des quartiers complètement abandonnés, genre coupe-gorge, pour arriver au centre.

Belem est une grande décharge en plain air, parsemée d’immeubles où les gens aisés se réfugient pour échapper à la misère omniprésente. Nous sommes quand même sortis dîner le soir, sur les docks, transformés depuis quelques temps en enclave gastronomique, sur environ un kilomètre de long, comme à San Francisco autour du Ferry Building. À la différence qu’ici tout est entouré de grilles métalliques, avec 5 voitures de police à l’entrée pour contrôler les va et viens.

Je n’ai pas pris de photos de Belem pour ne pas me déprimer en relisant mon travelogue. De toute façon, tout est abimé, taggué à mort, et les restes de l’époque coloniale noyés au milieu d’immeubles modernes sans intérêt.

De là nous sommes partis à Sao Luis, par une route en très mauvais état, probablement à cause des pluies et des centaines de camions qui la défoncent à longueur de journée. Quinze heures plus tard, nous sommes arrivés (à minuit) dans une gare, située à 10km du centre, mais la magie d’Uber aidant, nous avons pu pousser jusqu’à notre hotel, même à cette heure tardive. Ce n’est pas pour faire de la pub, mais Uber marche bien au Brésil.




Sao Luis est une ville fondée par les français au début du 17e siècle et cette influence lointaine persiste jusqu’à nos jours, malgré l’architecture portugaise du centre historique.

Dans le palais du gouverneur, qui contraste lui aussi avec la misère environnante, il y a un triptyque de facture récente, qui dépeint les phases de la présence française (arrivée, conversion des populations indigènes, confrontation avec les portugais):










Le soir, excellent dîner sur la place du commerce (où les jeunes se rassemblent), suivi d’une incursion dans la taverne du coin pour les tambours criolas. Il s’agit de danses très ritualisées, au son d’une percussion composée de trois tambours, qui accompagnent des jeunes femmes costumées à l’africaine, jusqu’à ce qu’elles entrent en transe. Très sexy comme danse! Je n’ai pas pris de photo pour ne pas me faire lyncher... Nous n’étions pas exactement dans une boite de nuit parisienne.

Et pour finir, voilà à quoi ressemblent les arrêts d’autobus du coin (pas toujours du meilleur goût):



1 Avril 2019

Non, ce n’est pas la grande dune du Pyla... Les doutes sont admissibles en cette première journée d’avril, généralement placée sous le signe du poisson, mais la suite va dissiper vos soupçons.


Nous sommes au parc de Lençois Maranhenses, mondialement connu pour ses dunes, qui s’étendent sur environ 70km. Basés à Barreirinhas, nous avons complété le circuit touristique du Lagoa Bonita le premier jour. En voici quelques images:







On s’y baigne dans des lacs d’eau de pluie, dispersés parmi les dunes, sous un ciel qui n’arrête pas de changer.

Je n’ai pas de superlatifs assez forts pour décrire le ressenti au milieu de ces dunes. Il semblerait pourtant que le parc commence à être surexploité aux environs immédiats de Barreirinhas: trop de rabatteurs en ville, collés au touriste, trop de 4x4 roulant les uns derrière les autres dans la même direction, trop de monde autour des lacs et toujours cette clientèle selfique, dont voici un spécimen:


Le deuxième jour nous avons été plus aventureux. Nous nous sommes inscrits pour une journée entière, pour la traversée du parc de Barreirinhas à Atins, sur la côte. Au départ, nous étions en convoi avec un autre 4x4, pour la bonne raison qu’il vaut mieux avoir deux véhicules au cas où l’un d’eux se trouverait hors combat. Voici quelques bribes du parcours (cliquer pour les clips vidéo):




Pas de problème à l’aller, malgré le choix d’un parcours un peu sportif. Nous sommes arrivés sur la côte en traversant un paysage sauvage, dans une solitude gratifiante après la presse de la veille.




La piste est balisée à l’aide de fanions rouges, qui clapotent au vent. C’est indispensable car les traces disparaissent vite avec le vent et les orages.


On se croirait au Sahara, dans un roman de Frison-Roche, genre « Le rendez-vous d’Essendilene ».



L’oasis est là, comme il se doit, au bout de la piste, avec le terrain qui change sans cesse. Puis c’est l’océan, où se jettent les eaux de pluies en suivant des coulées qui ressemblent à des oueds nord-africains. Nous allons de surprise en surprise:









Puis un repos bien mérité pendant que nos co-voyageurs s’empiffrent de poisson et de bière. C’est l’heure du déjeuner pour les gourmands et de la sieste pour nous:



Mais voilà, il faut repartir. Et là les choses vont se corser, car nos conducteurs, très prudents à l’aller, attaquent un peu trop fort sur le chemin du retour. La nuit est à moins d’une heure:






Les passages à gué ne sont pas évidents, comme vous pouvez le constater. Nous avons passé une bonne demie-heure à sortir le 4x4 à moitié englouti, avec l’autre 4x4. Malheureusement il ne voulait plus démarrer une fois sorti de l’eau. Il a fallu attendre les secours et nous ne sommes rentrés que tard dans la soirée, suite à une équipée épique, durant laquelle nous avons fait plusieurs fois fausse route, incapables de suivre la trace à la lumière des phares.

3 Avril 2019

Après 36 heures de voyage sans trêve, de Barreirinhas à Tutoia, puis Parainabas, Fortaleza et finalement Recife, nous voici à Olinda, petite ville coloniale, à 6km de Recife. Les déplacements en bus dans le nord est du Brésil sont à la fois longs et difficiles. Les bus partent à des heures pas commodes, les routes sont souvent noyées sous des pluies torrentielles (avec passage à gué) et les correspondances impossibles à gérer. Mais pas question de se plaindre. Tout va bien, même si on fatigue un peu.

L’arrivée à Olinda fut assez spéciale. Ici les chauffeurs de bus font la loi et nous avons fait l’erreur de demander un conseil au notre. Ni une, ni deux, le chauffeur nous a déposé au bord de la route, dans une banlieue nord de Recife pour que nous puissions prendre un raccourci, vu l’heure nocturne tardive et les distances entre la station de bus de Recife et Olinda. Un taxi nous a pris en charge pour les 15km qui restaient jusqu’à Olinda, mais il n’avait pas de GPS et nous a déposé devant un hotel qui n’avait rien à voir avec celui qui nous attendait. Nous nous sommes aperçus de l’erreur à l’intérieur, mais le taxi était déjà reparti. Uber aidant, tout s’est arrangé.

Entre Olinda et Recife l’ancien et le moderne se trouvent à nouveau confrontés. L’aspect engloutissant des rangées d’immeubles modernes, qui servent de toile de fond aux maisons de l’époque coloniale, dit tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet:



Le raz de marée approche et va balayer ce qui reste du passé.

La vieille formule pour trouver le bonheur et la paix sur terre reste inscrite sur les maisons d’Olinda, mais plus personne n’y croit: « Prie et travaille »


On y trouve aussi quelques voeux pieux pour un retour à la justice sociale, chère aux rouges: « Libérez Lula »


Les poètes sont là, dans « La deuxième maison des poètes ». Ils ne sont pas encore en fuite.


On essaye d’être fort devant l’inévitable. En réalité, les poètes n’écrivent plus depuis longtemps. Ils se rassemblent tous les midi pour boire un coup et oublier. Les voici dans un café d’habitués, derrière Christine:


La ville pourtant est belle. Le cloitre des franciscains est une véritable merveille:






Les centres historiques des villes coloniales se ressemblent sans vraiment se ressembler. Ici tout est beaucoup plus intense, plus bigarré. L’influence africaine se fait vraiment sentir.






La misère est toujours là, à chaque coin de rue, et en me promenant, je suis tombé sur un point de vue qui m’a fait penser à notre cher Marx, et à sa grande naïveté face au progrès: « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » disait-il.


Et pourtant l’image de l’utopie ultime est là, dans cette photo. Elle montre bien que les besoins varient selon les moyens. Ceux qui ont les moyens ont compris comment le monde moderne fonctionne. Ils s’alignent sans hésiter sur la règle d’or: « c’est celui qui a l’or qui écrit les règles ». De nos jours on parle de lobbies et d’investissement, mais c’est toujours la même chose. De « prie et travaille » nous sommes passés à « consomme et travaille ». Mais Lula est toujours en prison.

Quelques vues de Recife pour terminer:




6 Avril 2019

Il fallait bien que cela arrive au moins une fois pendant le voyage: j’ai perdu Christine ce matin, à Barra, à environ 15km de la pousada où nous nous sommes arrêtés. Elle n’a pas d’argent, pas de papiers, et j’espère seulement qu’elle se souviendra comment revenir à l’hotel.

Pour ne pas m’énerver, et comme je n’ai rien de mieux à faire en l’attendant (car il faut que je sois là pour régler le taxi qu’elle sera bien obligée de prendre pour retrouver son chemin), je reprends mon travelogue...

Notre séjour à la Pousada do Boqueirao, à Salvador de Bahia, nous a été généreusement offert par Emmanuelle et Christian (cadeau pour notre 50e anniversaire de marriage) et il faut avouer que l’endroit est génial:




Les oiseaux viennent picorer les fruits présentés sur un plateau, de l’autre côté de la balustrade, pendant que les humains s’installent en terrasse pour faire honneur à un petit déjeuner brésilien, rehaussé au vu du goût délicat de la corpulente patronne italienne (Fernanda— mais pas celle à laquelle pense Brassens).


Le soir de notre arrivée, nous sommes allés voir le Balé Folclorico da Bahia, au théâtre Miguel Santana. Belle soirée avec des démonstrations incroyables de Capoeira (arts martiaux brésiliens exécutés en musique).

La ville de Salvador, elle-même, semble plus vivante de nuit que de jour. À partir de 6h du soir, les femmes s’habillent et se pomponnent, comme s’il se passait quelque chose de spécial. Les décolletés limite sont partout et l’oeil les préfère aux pavés irréguliers qui attendent le porc mal aguerri.

Beaucoup d’architecture de l’époque coloniale, comme il se doit pour la première ville fondée en Amérique du sud par les portugais. Les fondations du fort de Barra datent de 1501:



Si j’arrive à retrouver Christine, nous avons l’intention d’aller à Cachoeira et Sao Felix demain. C’est une ballade d’une journée (2h30 de bus dans chaque sens). En attendant, nous sommes en mode de marche « pavés-collines », comme à Ouro Preto, car les rues ne sont pas évidentes à négocier, surtout une fois la nuit tombée. Il doit d’ailleurs y avoir une corrélation entre les capitales aux routes impraticables et les quantités d’or utilisées pour décorer leurs églises opulentes (le record c’est ici, avec 850kg d’or. Ce qui ressemble à des plinthes dorées, par endroit, est en fait de l’or massif!)





L’ancienne ville était construite sur des catacombes, ce qui permettait aux assiégés de s’enfuir lors des descentes de pirates ou des sièges hollandais.

👏🏾👏🏾👏🏾 Christine viens de redonner signe de vie... après 5h de silence. Elle m’attendait au phare de Barra, où je l’avais, parait-il, abandonnée pendant qu’elle visitait le musée (le gardien lui a prêté son téléphone). En fait, j’ai attendu 1h30, cherché plusieurs fois à travers toutes les salles, tout ça pour m’entendre dire par le gardien que Christine était partie le long des quais, où j’ai essayé de la rattraper.

Bref, le gardien a dit n’importe quoi et devait se sentir coupable. Mais Christine aime bien faire ses acrobaties sans filet.

Sur ces entrefaites, nous avons encore hérité de quelques petits problèmes anodins, dus à la clim glaciale des bus de nuit et aux jus de fruits douteux consommés dans le nord est du Brésil. Christine s’insurge contre mes faiblesses (« s’il fallait s’arrêter à chaque fois qu’on ne se sent pas bien... ») et en bon animal domestiqué aux normes occidentales (culpabilisé pendant + de 50 ans de marriage), j’obtempère, tandis que mon regard part à la recherche du rouleau de papier polyvalent, trop fin à mon goût, qui fait parfois office de mouchoir. S’adapter, c’est le mot d’ordre du jour. Ce n’est pas la Bérésina, où le coup de feu avait lieu en même temps, mais au Brésil il faut toujours être prêt.

L’opération « oeuf à la coque » peut être, elle aussi, délicate le matin:


10 Avril 2019

Avant de quitter Salvador, où nous avons passé quatre journées en tout, nous nous sommes promenés dans les environs, histoire de sortir des sentiers battus.

Dimanche, jour calme et un temps idéal pour traverser la baie en ferry jusqu’à l’île d’Itaparica (1h). À partir du port nous avons pris un taxi jusqu’à la ville du même nom. L’endroit est surprenant pour Bahia: tout est propre, calme, pas de barbelés ni tessons de bouteilles sur les murs, pas de ruines, pas de police— presque un choc, tellement c’est inattendu.




Pour un lieu de villégiature, où l’ambiance est comparable à ce qui se découvrait autrefois en Camargue, au début des années 60, le décalage est au delà du contraste. Les jeunes se promènent à cheval, à la plage comme en ville, et les bourgeois débarquent de leur vedette de croisière, afin de s’attabler pendant quelques heures en bord de mer. L’équipage reste à bord, au sec, et les maîtres sortent de leur coquille en tatonnant. Ils descendent péniblement l’échelle, plongent dans l’eau, puis s’ébattent un peu pour rejoindre la plage. Même opération en sens inverse, à la fin du repas.





Les bouteilles de bière vides s’accumulent par terre, autour des tables, comme dans les cafés de Salvador. C’est particulièrement impressionnant lorsque deux femmes se trouvent devant une douzaine de bouteilles dejà vidées en début de soirée.




À force de voir toutes ces villes coloniales, on finit par se demander quel sera leur sort d’ici une dizaine d’années: vont-elles revivre au milieu des favelas et des immeubles ou est-ce un dernier effort de marketing pour appâter le touriste?

D’un côté on rénove à tour de bras, de l’autre on laisse crouler des murs entiers sans tenir compte de l’effet que ça peut faire. Ces contrastes ressortent de manière très vive dans les villes jumelles de Cachoeira et Sao Felix, pourtant situées dans un décor avantageux.







L’Orient de Cachoeira a lui aussi connu de meilleurs jours. Les cotisations n’arrivent plus et personne ne se mobilise pour restaurer la maison du G.A.D.L.U.

14 Avril 2019

Notre voyage au Brésil touche à sa fin. Le temps passe vite, mais c’est comme ça. Nous aurons certainement beaucoup de mal à revenir à la routine quotidienne après ce grand galop à travers l’immensité brésilienne.

Pour le moment nous sommes encore à Porto Seguro, chez nos amis californiens Lesley et Jack.






Lesley et Jack habitent sur la place centrale du quartier historique de Porto Seguro, situé en hauteur au dessus de la mer, à côté de la première école fondée par les jésuites.  La facade de leur maison se découvre sur la première photo de la série ci-dessus. Les autres montrent 1) la rue dans laquelle la maison se trouve, 2) la vue d’une des fenêtres du salon, et 3-4) la vue panoramique à partir de l’arbre planté sur le promontoire.

Le seul ennui, c’est le flot constant de touristes, pris en charge par des guides hâbleurs, qui racontent n’importe quoi au sujet de la maison et de son histoire.






La maison a été achetée en 1970 par la mère de Lesley. Complètement refaite à l’intérieur, elle a gardé un style traditionnel: les planchers proviennent de racines d’arbres tropicaux, découpées en rondins de taille égale, polis avec des instruments primitifs, puis sertis dans un bain de ciment. Tout est ouvert pour que l’air circule en permanence. Le toit de tuile repose directement sur des poteaux cylindriques, correctement espacés pour qu’il n’y ait pas de fuite. Pas de clous, pas de vis, pas de fils de fer.

Un jardin tropical s’étend derrière le petit salon/salle à manger aménagé à l’extérieur et vient se juxtaposer à d’autres jardins, dont le plus grand est assez connu dans la région, puisque créé par Roberto Burle Marx (le ténor brésilien des jardins tropicaux).

Lesley est venue pour la première fois à Porto Séguro en 1964, quand il n’y avait rien. Elle se rappelle encore du premier « ferry » qui transportait les voitures de « l’autre côté ». C’était au début des années 70. On appelait alors tout ce qui se situait au sud de la rivière en direction d’Arraial d’Ajuda et de la praia da Pitinga, « l’autre côté ». Le premier « ferry », composé de deux pirogues reliées l’une à l’autre par des planches plus ou moins plates, transportait des Volkwagen coccinelles qui partaient sur les pistes, à la découverte des plages de la région. Une autre époque: celle des hippies fortunés qui ont lancé l’endroit.

Jack, le mari de Lesley, est mathématicien. Il est à la retraite depuis environ dix ans et a enseigné, à l’Université de Californie, à Berkeley, où il a même été chairman du département de Mathématiques. Il se spécialise dans la topologie algébrique et nous nous sommes adonnés à quelques conversations nocturnes sur les relations entre sa spécialité, le big data et l’intelligence artificielle.






Du côté de la plage de Pitinga, nous avons vu des formations aux couleurs étranges, situées en sandwich entre la forêt tropicale et la plage. En dehors des périodes de vacances (trop de monde), c’est un véritable paradis: eau chaude, petit vent humide, mer calme couleur caraïbes, petits cafés cachés dans la verdure et toujours ces kilomètres de sable fin, que l’on prend plaisir à fouler dans le ressac des vagues qui vous rincent les pieds.

En tant que touriste, si vous dites que vous avez l’intention de passer par Porto Séguro, on vous demande tout de suite: « Et vous allez à Trancoso? » Pas moyen de dire autre chose que « oui, bien sûr », si on ne veut pas passer pour un petit voyageur ridicule, qui n’a pas la surface financière pour s’offrir ne serait-ce qu’une journée en ce lieu, où les pousadas de bord de mer étalent leur luxe sans vergogne, nourrissant une clientèle richissime, toujours en quête de voluptés gastronomiques et de cocktails aux fruits de la passion.

« Oui, bien sûr, nous allons à Trancoso! »

Et c’est bien de la faute des jésuites, fondateurs de la municipalité en 1583. Trop bon choix! De quoi faire des envieux depuis plusieurs siècles... Entre temps l’endroit est devenu le lieu de villégiature d’une élite discrète, qui y réalise ses phantasmes et s’oppose fermement au développement dérivé des premières installations du Club med.








Ici non plus: pas de barbelés, pas de favelas qui dépriment, pas de police à tous les coins de rue. Les magasins de luxe abondent et se cachent derrière des facades très ordinaires, même si les marques affichées correspondent à des maisons connues à Paris, Londres ou New-York.  




Et pour enfin boucler ce travelogue, Christine devant le « palmier du voyageur »: